Je poste ici tout le chapitre 1, un peu plus travaillé.
Je m'appelle Lilou, et j'ai un secret un peu gênant : je suis extrêmement chatouilleuse. Et quand je dis "extrêmement", ce n'est pas un simple haha, arrête ! c'est un s'il te plaît, ne m'approche pas, je vais exploser de rire et m'effondrer par terre. Au lycée, croyez-moi, ce genre de détail peut ruiner une vie.
Pauline, ma meilleure amie, a découvert mon point faible un matin de printemps, après un contrôle de maths désastreux. Elle voulait juste me taquiner. Un effleurement sur les côtes, une fraction de seconde, et j'ai hurlé si fort que trente têtes se sont retournées d'un seul coup. Le professeur a levé les yeux par-dessus ses lunettes. Pauline, elle, a souri. Ce sourire-là, je l'ai tout de suite reconnu : c'était celui de quelqu'un qui vient de trouver un jouet.
Je suppose que ma silhouette n'arrange pas les choses. Petite et mince, avec mes cheveux blonds mi-longs qui me tombent sur les épaules, j'ai ce genre d'allure qui inspire spontanément l'envie de taquiner. Pauline dit que j'ai "une tête de fille à qui on a envie de faire des blagues". Elle n'a pas tout à fait tort. Mon visage ne sait pas mentir, quand je suis gênée, ça se voit, quand je suis agacée, ça se voit encore plus, et quand j'essaie de cacher mon rire, c'est une catastrophe absolue. Ce que je ressens s'affiche toujours, comme une enseigne lumineuse que je n'ai pas les moyens d'éteindre.
Les jours suivants la découverte de Pauline, elle a "testé ses hypothèses", comme elle disait, avec une rigueur scientifique qui m'aurait presque impressionnée dans d'autres circonstances. Elle apprenait mes angles morts. Si je me penchais pour attraper mon sac, ses doigts passaient sur mes hanches. Si je levais les bras pour attacher mes cheveux, elle glissait un doigt sous mon aisselle. Et si, par malheur, je m'asseyais pieds nus à côté d'elle (ce que je faisais de moins en moins), elle ne résistait jamais à la tentation.
- Sérieux, Lilou, t'es vraiment un cas. Comment on peut être aussi chatouilleuse ?
- Et toi, comment on peut être aussi chiante ? répondais-je, sans vraiment y mettre de conviction.
Elle haussait les épaules, faussement candide.
- Je veux juste comprendre comment ça marche.
Le pire, c'est que je la laissais faire. Parce qu'au fond, c'était notre façon à nous de rire ensemble, même si c'était toujours moi qui riais le plus, et toujours contre ma volonté.
Jusqu'au cours d'histoire.
Elle avait attendu que je sois pleinement concentrée, stylo en main, copiant sagement ce que le professeur dictait, et là, ses doigts s'étaient posés furtivement sur ma taille. Mon sursaut avait été si violent que j'avais griffonné un trait rageur en travers de ma page. Je l'avais fusillée du regard.
- T'es folle, avais-je soufflé entre mes dents.
Elle avait répondu avec un sourire d'ange.
- Juste une expérience scientifique.
C'est ce jour-là que j'aurais dû dire stop. Mais je ne l'ai pas fait.
Quelques semaines plus tard, nous faisions nos devoirs dans ma chambre. Il y avait une lumière douce, de la musique en fond, l'odeur du thé refroidi sur mon bureau — un de ces après-midis paresseux où l'on se sent en sécurité. Pauline était allongée sur mon lit, un manuel ouvert devant elle, apparemment absorbée par sa lecture.
Apparemment.
Ses doigts ont commencé à tambouriner doucement sur mes côtes, d'abord presque imperceptiblement, puis avec une précision redoutable. J'ai bondi. Le stylo a volé à travers la pièce.
- Pauline.
- Quoi ?
- Arrête.
- J'ai rien fait.
- Pauline.
Elle a levé les yeux, et cette fois, quelque chose dans mon ton a dû la convaincre, parce que son sourire s'est légèrement effacé.
- OK, OK. J'arrête.
Un silence.
- Pour aujourd'hui, a-t-elle ajouté avec un clin d'œil.
Je n'ai pas ri. Et pour la première fois depuis des mois, elle l'a remarqué.
Le problème, c'est qu'entre-temps, elle en avait déjà parlé aux autres. Je ne sais pas exactement comment, ni quand — mais le mal était fait. Dans les couloirs, certains souriaient en me voyant passer. En cours de gym, deux filles que je connaissais à peine avaient échangé un regard complice dans ma direction. Et un matin, en arrivant en classe, j'avais entendu quelqu'un murmurer dans mon dos :
- Ah, voilà Lilou la chatouilleuse.
J'avais fait semblant de ne pas entendre. Mais mon visage, lui, n'avait pas suivi. Il ne savait pas faire autrement.
Le secret de Lilou (chapitre 1).