Une sorte de sélection par le découragement
Les dates des partiels nous ont été confirmées. Une semaine avant, c’est un peu court comme délai. Qui n’a pas été étudiant dans une fac ne peut connaître la signification du mot chaos. Pourtant, j’aime bien la fac, j’aime être une étudiante anonyme, une parmi des milliers d’autres. Alors qu’au lycée, j’étais la sœur de Justine, l’élève brillante qui avait arrêté sa scolarité en première peu de temps avant le bac français. Je n’avais aucune explication à fournir à ses anciens professeurs qui n’avaient pas compris sa décision. Je me rappelle mes premières semaines à la fac, les amphis étaient bourrés. Les profs nous avaient dit que nous aurions plus de place à partir de janvier. J’attendais ce moment avec impatience car même en arrivant deux heures avant, on n’était pas sûr de trouver une place assise. Un peu plus tard, on n’était pas certain de trouver une place debout. Il paraît que dans d’autres facs, les cours sont retransmis en vidéos dans un autre amphi. Mais regarder un prof sur une télé, ça craint ! Ou alors il faut rester chez soi et admirer son savoir et sa prestance par l’intermédiaire d’internet. Il n’y a pas de sélection à l’entrée mais elle arrive très vite ! Une sorte de sélection par le découragement, par la capacité de résistance au bordel ambiant.
Extrait du journal d'Alice, 8 février 2014.